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Ivan Illich et la contre-productivité

Mis à jour : 6 nov. 2018

En ces temps de Mondial de l'Auto, et de projection sur un avenir de mobilité radieuse, électrique et autonome, il n'est pas inutile de revenir aux concepts fondamentaux développés par Ivan Illich dans les années 70.

Je pense en particulier au "monopole radical" et à la "contre-productivité" qui en découle. Le monopole radical est instauré lorsqu'un choix technique ou institutionnel s'impose à la société au point de la structurer en profondeur et de modifier les modes de vie de façon incontournable. Après la seconde guerre mondiale, les « suburbs » américains ont consacré l’ « american way of life » : une voiture synonyme de liberté et une maison avec son jardin. Ce mythe, qui repose sur l’automobile, a structuré le paysage autant que l'organisation sociale et le quotidien des américains : lotissements pavillonnaires, rocades et autoroutes, centres commerciaux et hypermarchés, zones industrielles… et déplacement pendulaire entre ces divers espaces. Monopole radical, puisque cette organisation a entrainé la disparition des commerces de proximité et l'éloignement des lieux d'activité. Le phénomène entre alors en phase de contre-productivité : plus il y a de voitures et de routes, plus l'étalement urbain se poursuit, générant plus de déplacements ; et plus il y a de déplacements, plus les routes sont engorgées. Au final, l'automobile qui devait apporter plus d'autonomie et de liberté enferme les individus dans un ensemble de contraintes. On peut facilement imaginer que la voiture autonome provoquera une nouvelle ère de radicalisation monopolistique et de contre-productivité. Lorsque l'automobile sera devenue une extension de la maison, dans laquelle chacun pourra travailler, prendre son petit déjeuner ou commencer sa nuit de sommeil, on ne voit plus guère de limites au développement de son usage, avec les impacts que l'on imagine sur notre quotidien. L'automobiliste autonome risque fort de ressembler au passager d'une capsule spatiale, plongé dans de longues solitudes connectées.