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L'usage de la technologie


Alain Damasio, l'auteur de romans d'anticipation "La Zone du dehors", "La Horde du Contrevent"… affirme se tenir le plus possible à l'écart de la technologie, considérant qu'elle nous prive de notre puissance d'être humain, au profit de celle des machines. Il illustre cette conviction par nos mauvais usages de la technique, réflexion que je reprends volontiers à mon compte pour la développer :

1. Pallier nos faiblesses : on se réjouit qu'un handicapé retrouve de la mobilité grâce à la technique, mais doit-on se réjouir autant de pouvoir grimper la côte sans effort, avec l'assistance électrique du vélo, si nos muscles peuvent nous amener au sommet ? Pallier systématiquement nos faiblesses, c'est aussi renoncer à développer notre force.

2. Outiller notre paresse : le GPS est un bon exemple de ce que nous perdons à nous laisser guider. Se plonger dans une carte ou un plan de ville, ce n'est pas seulement trouver son chemin, c'est aussi acquérir une vision d'ensemble de l'environnement dans lequel nous allons évoluer. Retrouver son itinéraire une fois au volant, c'est exercer à chaque instant du trajet notre attention, notre sens de l'observation et de l'orientation.

3. Conjurer nos peurs : peur de la solitude ou peur de la défaillance, la multiplication des objets de communication et des appareils de contrôle de notre corps ou de gestion de notre activité nous évite d'affronter la réalité de notre condition. En réalité, cette fuite en avant ne peut pas nous rassurer vraiment et induit de véritables addictions psychologiques, comme avec les réseaux sociaux.

4. Satisfaire nos caprices : quand tout, ou presque, devient accessible en quelques clics et peut être livré chez vous en quelques heures, il n'y a plus de limites à l'achat impulsif. La satisfaction presque immédiate de nos désirs consuméristes se substitue alors à celle, profonde et durable, que nous apporte le développement de nos capacités et nos talents.

5. Concrétiser nos fantasmes : l'univers des jeux vidéo comme celui de la réalité virtuelle montrent à quel point nous pouvons préférer l'illusion à la réalité. En faisant ce choix, c'est à une partie de nos vies que nous renonçons, à l’instar des « hikikomori » japonais qui peuvent rester des mois entiers dans leur chambre, rivés sur leurs écrans.