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Les fruits confits

Mis à jour : mai 1

“Nous sommes tous confinés, tous confits, nous sommes désormais des fruits confits”, déclare Brigitte Fontaine avec provocation et dérision.


Indéniablement le confinement nous transforme pour le meilleur ou le pire, ou un peu des deux. Oublions le pire, qui reste peut-être à venir avec la volonté farouche de relancer nos économies “quoi qu’il en coûte”, qu’il faut décliner sur l’environnement, le climat et le futur des jeunes générations. Du meilleur côté il y a de multiples expériences individuelles rapportées par les proches et les amis, qui rencontrent à l'intérieur de cette parenthèse de confinement un dialogue avec eux-mêmes qu’il n’avaient pas prévu. Interrogation sur le sens du quotidien, perception nouvelle du rapport au temps, confrontation à nos limites relationnelles, invitation à vivre autrement… autant d’opportunités de remise en question sans lesquelles on ne peut imaginer ni changement, ni véritable progrès. Ce matin, la femme que j’aime m’a coupé les cheveux ; jamais de sa vie elle n’avait coupé les cheveux de qui que soit. Passé le stress des premiers coups de ciseaux je l’ai trouvée entièrement plongée dans ce que le psychologue Csikszentmihalyi appelle “le flux”, et qu’il décrit ainsi : “Engagement dans une tâche précise qui fournit une rétroaction immédiate, qui exige un contrôle sur ses actions et une concentration intense ne laissant aucune place aux distractions ni aux préoccupations à propos de soi.” Oublier qu’on ne sait pas faire et faire quand même. Pour paraphraser Mark Twain, elle ne savait pas que c’était impossible, alors elle l’a fait ! Avec un résultat inespéré qui l’a remplie de fierté justifiée. Alors voilà : d’un côté le retour à nos soumissions consuméristes “quoi qu’il en coûte”, de l’autre l’exploration de notre créativité, de nos talents cachés et de nos compétences à développer. Comme une invitation à vivre le confinement comme un espace de liberté, et le “moi confit” comme un retour positif et utile et soi-même.