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Satisfaction du travail manuel


Il y a beaucoup d'activités dans lesquelles la main et le geste sont déterminants du résultat, sans que la réflexion qui les rend possibles ne puisse être ignorée. On pourrait classer dans la catégorie « travail manuel » ce qui nécessite plus d'expérience du geste que d'apprentissage théorique. L'exemple du peintre en bâtiment, bien connu pour chanter ou siffler en travaillant, permet d'appréhender la base du plaisir : la relation sensorielle avec la matière. L'interaction entre main et matière est d'autant plus forte que l'outil utilisé est rudimentaire et prolonge la main plus qu'il ne la remplace. Plus l'outil est simple, plus il a valeur d'instrument qui transmet des informations sur l'état et la réaction de la matière au travail. Une attention permanente de l'ouvrier en résulte, ainsi que l'adaptation immédiate à tout changement d'état de la matière ou de position du corps dans l'avancement du travail. La simple tâche consistant à ajuster une porte de meuble au rabot ou préparer une entaille de paumelle au ciseau dépend de facteurs complexes : pression verticale et poussée horizontale de la main, maintien de l'angle sur la tranche étroite de la porte, correction au changement de fil du bois et aux variations de dureté... nulle réflexion consciente ne permet de contrôler ces paramètres mais la capacité à le faire pour dresser une surface plane et rectiligne ou creuser une entaille nette et régulière apporte un sentiment satisfaisant de maîtrise et de compétence. On ne saurait mieux décrire cette satisfaction que par cette citation du psychologue américain Csikszentmihalyi : «L’engagement dans une tâche précise qui fournit une rétroaction immédiate, qui exige des aptitudes appropriées, un contrôle sur ses actions et une concentration intense ne laissant aucune place aux distractions ni aux préoccupations à propos de soi constitue une expérience optimale ». Il ajoute que cette expérience répétée régulièrement apporte développement des capacités, estime de soi et réduction du stress. Voilà ce que l'efficience automatisée détruit jour après jour.