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Un monde de fantasmes

Mis à jour : 4 oct. 2018

Je lis aujourd'hui que Maya Bay, "La plage" du film de Leonardo DiCaprio en Thaïlande, est fermée jusqu'à nouvel ordre par les autorités locales pour cause de destruction de son écosystème.

En effet, depuis que le film l'a fait connaître sa fréquentation n'a cessé d'augmenter jusqu'à recevoir aujourd'hui plus de 5 000 visiteurs par jour. Lesquels arrivent transportés par les bateaux des professionnels du tourisme et passent en moyenne une dizaine de minutes sur place. Au final, on obtient une pollution massive et la destruction des récifs coraliens de cet espace paradisiaque, supposé protégé par son statut de parc national. On pourrait s'indigner, une fois de plus, que la perspective d'un profit facile amène les tour-opérateurs locaux à scier la branche qui les porte, mais ce phénomène est tellement global, vu la façon dont nos sociétés avancées se comportent avec la planète, que ce serait une indignation de Tartuffe. Je m'étonne bien plus de la motivation de ces millions de visiteurs - oui, faites le compte sur quelques années - pour qui le simple fait de voir de leur yeux la plage de Leonardo DiCaprio justifie la dépense et le temps de transport dans une embarcation bondée et inconfortable. Alors, une fois de plus, dans mon incapacité totale à comprendre ce phénomène étrange, je m'en remets à l'admirable lucidité du baron d'Holbach en 1773 : "Une nation, peu contente d'avoir satisfait ses besoins réels par un commerce étendu, s'occupe à en inventer de fictifs et de surnaturels : la satiété l'endort ; le changement lui devient nécessaire ; la langueur et l'ennui, bourreaux assidus de l'opulence, suivent les besoins satisfaits. Pour tirer les riches de cette léthargie, l'industrie est forcée d'imaginer à tout moment de nouvelles façons de sentir : les plaisirs se multiplient ; la nouveauté, la rareté ont seules le pouvoir de réveiller des êtres pour qui les plaisirs simples sont devenus insipides ; tout se change en fiction".